Entretien découverte avec cette interview de M. Eric Néri, Président et Rémi Lallement, Responsable Commercial de l’entreprise La Maille Verte spécialisée dans les tricots techniques pour l’industrie. Ils nous expliquent la différence entre tissu et maille ou encore la bonne idée de Febvay d’incorporer de la maille à ses tenues. Rencontre avec deux hommes passionnés par leur métier.

Bonjour M. Neri, racontez-nous l’histoire et les objectifs de la Maille Verte  ?

Eric Néri : « C’est une entreprise ancienne et une entreprise jeune puisque l’entreprise existait lorsque j’ai repris l’affaire en 2010 suite à un dépôt de bilan. J’ai eu deux vies dans la société. J’ai été directeur général dans la société précédente, qui ne s’appelait pas encore Maille Verte. Elle intervenait principalement à cette époque dans l’automobile et dans le vêtement professionnel, mais au travers de l’enduction. C’est-à-dire qu’on livrait des mailles destinées à l’enduction, pour faire par exemple la petite parka étanche enduite, qu’on trouve chez les militaires, chez les professionnels sur les chantiers etc…

Suite à la grande crise automobile et industrielle de 2008, la société a déposé son bilan en janvier 2009. On a bénéficié de trois périodes de redressement de six mois, pendant lesquels je me suis dit qu’il y avait un intérêt à continuer à faire tourner cette entreprise.  Parce qu’elle a des atouts, parce qu’elle est intégrée dans plusieurs métiers : le tricotage circulaire tout d’abord, la teinture, et enfin l’ennoblissement de textile, c’est-à-dire le finissage qui permet d’apporter des traitements sur les tricots finis.

On a essayé de jouer quelque chose. Il fallait développer un nouveau secteur d’activité, sans toutefois être capable d’inventer la poudre et de s’éloigner trop de notre savoir-faire. Et c’est pourquoi nous avons décidé de développer des lignes de mailles destinées aux vêtements professionnels confectionnés. Faire livrer la maille à des confectionneurs, à destination du vêtement professionnel.

Comme vous le savez le vêtement professionnel est un secteur qui requiert des produits normés, certifiés etc… Ça peut paraître long, mais pour développer une ligne de produits à destination de ce secteur, et bien une année est vite passée. Car il faut affiner, améliorer, certifier, agréer avec des laboratoires externes, ce sont des coûts et du temps. »

Quelle est la différence entre un tissu et une maille ?

Eric Néri : « Dans les deux cas on part d’un fil, d’une matière linéaire, quelle que soit la composition de ce fil. La transformation dans les deux cas consiste à utiliser cette matière linéaire pour faire une surface.

Pour le tissu on croise des fils de chaîne et de trame. Le fil de chaîne forme une nappe longitudinale, et on vient avec la trame croiser cette nappe perpendiculairement. On forme le tissu par cette action de tissage.

Dans le tricotage, on va utiliser un seul fil qui fait des boucles qui sont entrelacées les unes aux autres. Exactement comme on fait un tricot à la main avec des aiguilles, à l’aide d’une seule pelote. Si vous utilisez un fil coton dans les deux cas, vous obtenez une surface textile en coton, dans un cas tissé et dans l’autre tricoté. La grande différence entre les deux surfaces : la surface tissée va être bloquée par le croisement des fils perpendiculaires, alors que la surface tricotée va posséder une élasticité naturelle dans la largeur et dans la longueur du tissu.  Un tissu maille va naturellement donner de l’aisance, elle va s’adapter.

On va ainsi préférer de la maille pour les vêtements de dessous : tee-shirt, sweet-shirt, polo. Et on utilisera du chaîne et trame, du tissé, pour le vêtement extérieur qui doit être résistant. Par exemple pour les vestes et les pantalons. On peut avoir les mêmes matières, les mêmes aspects, ça peut se ressembler mais c’est fondamentalement différent. Et c’est ce qui fait toute la richesse du textile. »

Pouvez-vous nous expliquer les raisons de votre collaboration avec Febvay ?

Eric Néri : « En prenant une entreprise qui est en dépôt de bilan on a tout un tas de problème a surmonté, dont un, le manque absolu de notoriété. On a eu une chance, celle d’avoir été associé dans la démarche du label Vosges Terre Textile. On s’est ainsi retrouvé autour de la table avec différents acteurs de notre filière dans notre région. Et de cette façon nous avons rencontré Febvay. D’où l’importance aussi de se fédérer et créer des liens avec des gens qui sont à quelques km. »

A quel(s) besoin(s) répond la maille commandée par Febvay ?

Rémi Lallement : « Aujourd’hui dans la gamme d’articles fabriqués par Febvay, vous utilisez très majoritairement du tissu chaine et trame. Mais vous avez quand même besoin dans certains modèles, on parle chez les confectionneurs de vestiaires, d’ajouter de la maille.

L’idée était dans un modèle où le tissu chaine et trame est majoritaire, d’incorporer des parties d’aisance avec de la maille. En faisant des empiècements à certains endroits et intelligemment, sur les côtés, sous les bras, éventuellement dans le dos, avec des matières avec plus d’élasticité, on peut redonner de l’aisance à la personne.  L’idée de départ était ainsi d’avoir un tissu chaîne et trame pour apporter de la résistance au vêtement, mais aussi sur des endroits choisis mettre de la maille pour avoir plus de confort.

M. Hans a été intéressé par notre maille Oxygène. Pourquoi celle-ci et pas une autre ? Pour ce modèle créé par Febvay, ont été sur des postes actifs, avec des personnes qui bougent beaucoup. La maille Oxygène a plusieurs caractéristiques intéressantes pour des postes en mouvement. C’est une maille qui présente une grande respirabilité. Une qualité qui se mesure à l’aide d’une norme qui s’appelle Résistance Evaporative Thermique (RET). Elle permet de mesurer la résistance qu’oppose votre textile à l’évaporation.

Quand vous travaillez votre corps dégage de la chaleur et l’humidité. Cet air chaud chargé d’humidité qui est à la surface de la peau, si vous l’évacuez bien vous pouvez éviter une transpiration excessive dans la tenue de travail. Cela fait partie du confort au portée.  La maille Oxygène est une maille hyper respirant. Une maille qui facilite l’évaporation naturelle du corps vers l’extérieur.

Autre caractéristique intéressante : en face intérieur de cette maille nous avons utilisé un fil qui a des propriétés bactériostatiques. La face interne de la maille va limiter le développement des bactéries responsables des odeurs corporelles. On évacue l’humidité naturelle du temps, et en plus la face intérieure du textile va limiter l’apparition des odeurs corporelles.

Enfin, nous avons fait une sélection précise des colorants pour la teinture de la maille, pour assurer une bonne durabilité à l’entretien. Pour que le produit est la durée de vie la plus longue possible.

Nos textiles pour le vêtement professionnel passent le label OEKO-TEX tous les ans. Un label international qui s’assure de l’innocuité du produit à la santé humaine. La personne va porter sa tenue de travail 8h par jour environ en France. Le textile ne doit pas être nocif à la santé humaine.

Quels sont vos tissus les plus employés/ demandés ?

Rémi Lallement : « Sur le vêtement professionnel on a deux grands standards : la maille Soft + by MVV, c’est une maille double face piquée pour confectionner du polo. Et le deuxième grand standard : la maille Dussel +, une maille qui est un molleton pour fabriquer du sweet-shirt et du gilet.

Elles s’adressent aujourd’hui à différents secteurs. Il y a dans le vêtement professionnel, du vêtement dit d’image. Concrètement c’est la grande société ou la compagnie qui veut habiller ses employés avec l’image de la société. Et à côté de ça, vous avez des vêtements de travail qui répondent à des normes de protection et classés EPI (équipement de protection individuelle). Par exemple vous avez du polo ou du sweet-shirt qui sont en haute visibilité, on répond à la protection à un risque. Les deux mailles dont ont parlent, Soft + et Dussel + s’adressent à ces deux types de marché. On peut faire du vêtement image, sans besoin de protection, et on a aussi ces mailles en haute visibilité normée, pour faire du polo ou du sweet-shirt EPI.

Enfin on a également normé nos mailles à l’entretien industriel. Nos deux mailles ont été identifiées comme des solutions pertinentes par les confectionneurs de vêtements professionnels et par les loueurs (qui habillent le personnel sans vendre le vêtement avec l’entretien qui l’accompagne).

Enfin, nos mailles s’inscrivent dans une démarche éco responsable. Avec une plus grande durée du tissu, il n’y a pas de gaspillage, on ne va pas changer les tenues tous les 7 cycles d’entretien, comme c’est parfois le cas sur du bas de gamme importé. »

La maille en hôtellerie restauration comme le propose Febvay est-ce une bonne idée ?

Rémi Lallement : « Le concept est pertinent, c’est intelligent de créer des modèles hybrides, dans le sens où on a du chaîne et trame et de la maille. D’ailleurs c’est devenu quelque chose qui se répand. Le mariage du chaîne et trame et de la maille dans le vêtement de travail chez les grands fabricants, c’est en expansion. Et notamment dans le monde de la restauration, de la cuisine, tout ce qui est veste de cuisine etc… Entre la température dans les cuisines, on bouge beaucoup, le fameux coup de feu, il faut le vêtement de travail qui avec. La veste lourde de chef traditionnelle n’est peut-être plus très adaptée.

 

Propos recueillis par Belinda Tempier