Depuis 1830 de Buyer accompagne les Chefs comme les particuliers dans leur cuisine avec le meilleur des ustensiles. D’innovation en innovation, la marque vosgienne a su s’imposer comme une référence dans les cuisines des plus grands établissements hôteliers et de restauration. Parmi les investisseurs ayant pris part à la levée de fonds organisée par Febvay, nos ateliers ont pu compter sur le soutien de Monsieur Hervé de Buyer, à la tête de la Maison de Buyer pendant 56 ans. Rencontre avec l’un des grands patrons français qui a su mondialiser son entreprise tout en préservant un savoir-faire local.

Votre nom s’est imposé comme la référence des ustensiles de cuisine professionnelles, comment expliquez-vous ce succès ?

Hervé de Buyer : « Une marque se construit sur des bases solides qui sont le respect de la matière première, le respect des gens qui travaillent cette matière première, et le respect de ceux qui vont utiliser le produit fini. La marque s’est installéegrâce à la fabrication d’un produit au service d’un métier, d’une profession, le bénéfice n’est qu’une conséquence. La logique ne doit pas être de faire un produit pour gagner de l’argent, mais avant tout de faire un produit pour rendre service à des gens qui vont travailler avec. Dans la gastronomie il y a une suite logique à respecter : premièrement des bons Chefs, deuxièmement des bons ingrédients, puis troisièmement debons ustensiles. C’est comme cela que nous avons créé cette marque. Nous avons fabriqué des produits de qualité professionnelleau service d’un métier, au service d’une profession. Il s’agissait donc d’ustensiles qui correspondaient exactement à ce qu’attendait l’utilisateur.

Ensuite rien n’empêche de faire des articles qui sont beaux, des produits haut de gamme. Vous apportez à celui qui va s’en servir, un artisan, un professionnel ou à une ménagère qui aime bien cuisiner, une solution. Au final, nous avons des produits qui durent et qui perdurent, et qu’on peut se transmettre presque par héritage. Et de ce fait la marque s’installe. Il ne faut pas partir sur des produits gadgets, mais des produits de qualité. Toute maison qui se respecte et qui veut que son nom soit une référence est obligée de travailler sur des produits de qualité, et travailler la qualité. Travailler la qualité cela ne se fait pas du jour au lendemain, cela se fait avec des ingénieurs, des ouvriers professionnels, des ouvriers qui ont un métier dans la main, et avec des gens qui ont une certaine organisation du cerveau qui permet de transmettre l’intelligence du cerveau à l’intelligence de la dextérité de la main. C’est tout ça qui est important et qui vous permet de rentrer dans un monde que tout le monde attend et désir. Forcément c’est un peu plus cher, mais au départ ce n’est pas tellement ce qui intéresse le professionnel. Il ne regarde pas le prix, mais ce que va lui apporter l’ustensile.Le professionnel veut un ustensile, un outil ou un habit qui correspond parfaitement aux besoins de son métier.

La marque prend de l’importance si vous savez la diffuser, et surtout auprès de personnes de qualité, car ce sont vos premiers ambassadeurs.Après il faut avoir une organisation commerciale intelligente pour s’adresser directement aux utilisateurs et pas aux spéculateurs. Car l’utilisateur va se poser les bonnes questions, savoir si l’ustensile, l’outil ou encore l’habit est utile à son métier.

Et aprèsça, il faut diffuser le produit et la marque sur l’Europe, ne pas se limiter à la France, puis à l’étranger sur les pays qui ont une activité qui tient la route. Il y a de la place pour tout le monde. C’est pour moi les critères essentiels au succès. Et pour réussir, il faut que toute les personnes qui travaillent sur le produit, qui font partie de cette chaîne, travaillent dans le même état d’esprit, avec l’enviede respecter le travail fait, et l’utilisateur qui va s’en servir. »

Vous avez été pendant 56 ans à la tête de l’entreprise de Buyer, avant de faire entrer au capital un fond familial, comment avez-vous été amené à prendre cette décision ?

Hervé de Buyer : « L’état d’esprit d’un fond familial est tout à fait différent d’un fond d’investissement. Un fond d’investissement est uniquement un fond spéculateur financier, peu importe le produit travaillé.

Un fond familial c’est d’abord un état d’esprit. Ils sont là pour s’occuper d’une entreprise, et c’est une affaire d’hommes et de femmes au départ, qu’il faut fidéliser pour réaliser un produit qu’on a décidé de fabriquer. C’est la première chose, le respect des hommes, des femmes, le respect de la hiérarchie, il y a les ingénieurs, les financiers, les patrons, les ouvriers, les techniciens etc.. Tout ça c’est une grande famille, et le fond familial prend en considération ces différents acteurs.

J’ai pris la décision de faire entrer au capital un fond familial, parce que je ne suis pas éternel, quand j’ai passé la main j’avais 83 ans. Il faut quand même à un moment avoir raison gardée comme on dit. Il faut également en permanence se préparer au lendemain, préparer l’histoire. Et pour que cette affaire soit pérenne, elle datait de 1830, il faut s’adapter et prendre les décisions qu’il faut. Et ma meilleure décision a été de choisir une entreprise familiale qui elle est organisée, pour reprendre les affaires et les faire pérennes. »

Tout comme Febvay, la société deBuyer est labélisée Entreprise du Patrimoine Vivant, en quoi cette reconnaissance est-elle importante ?

Hervé de Buyer : « Nous avons eu cette reconnaissance car nous sommes partis sur une cultureintellectuelle, professionnelle, qu’on a fait perdurer, avec une modernisation de son environnement. C’est une reconnaissance qui vis-à-vis du client dit : ce sont des produits qui durent, qui datent, qui ont prouvé leur résistance, leur qualité. Une excellence présente aussi bien dans le produit, que dans la manière de le présenter, de le conseiller aux clients qui eux vont prendre des produits qui sortent de ces chaînes du Patrimoine Vivant pour avoir l’assurance d’une qualité.

Tout se construit, il y a des bases, des critères qui nous ont été demandés : il faut avoir une bonne tenue financière, sociale, une bonne tenue qualitative des produits, avoir quelque chose qui intéresse en général la majeure partie de la population, ne pas faire des choses qui ne servent à rien. »

Pourquoi investir dans Febvay qu’est-ce qui vous a plu ?

Hervé de Buyer : «C’est toujours le même état d’esprit qui règne, mais adapté à aujourd’hui. Je vais moins rechercher le passé de Febvay, par contre je regarde ce que fabrique Febvay. C’est une PMI qui est confrontée aux produits d’importation, alors qu’une PME ne l’est pas forcément. La société Febvay a un impact important parce que elle est concurrencée de partout, donc il faut qu’elle sorte de ce marais, et pour cela il faut qu’elle monte en gamme.

Il y a une concurrence très forte internationale, il y a une difficulté d’approvisionnement des fonds pour ces sociétés, il y a une difficulté de s’organiser par ce qu’on est petit, aujourd’hui la communication est très importante et tout va très vite. On se remet en question tous les 3 ans maximum, contre 10 ans il y a une cinquantaine d’années. Il faut donc s’adapter, s’équiper, et concevoir des produits dont la réalisation est toujours de qualité, mais avec peut-être d’autres technologies. Mais également ne pas partir uniquement sur du tissu standard, il faut adapter les différentes matières premières au métier de la personne qui va porter ce produit. On ne fera pas le même uniforme pour un chef cuisinier qui travaille dans le nord de la France, que pour un Chef qui travaille sur des restaurants de plage. Il faut trouver les critères, et savoir réaliser et présenter un produit fini qui correspond à la personne, à sa région et au métier dans lequel il exerce.

Tout ça demande des réflexions et quand une petite entreprise qui est maintenant assaillie de comptabilité, de taxes, de normes, de règles, comment voulez-vousque le patron puisse penser à l’avenir de son produit. C’est impossible, il a cinq casquettes sur la tête, il doit tout être à la fois, ce n’est pas possible, on ne peut pas s’en sortir.

Je suis là, maintenant je suis libre, je sais comment j’ai réussi dans la société que j’ai dirigé pendant 56 ans, qui a quand même terminé dans les plus belles industries de France dans le métier et à l’exportation. Ça a demandé énormément de réflexion et je veux en faire profiter les gens pendant que je suis encore en bonne santé. »

Qu’est-ce qui vous plaît dans les Ateliers Febvay ?

Hervé de Buyer : «Premièrement c’est une société qui est calme, qui n’est pas perturbée par tout ce qu’on peut entendre à droite et à gauche, et dont certainespersonnes se servent. C’est une société régionale, avec un état d’esprit régional, où les gens viennent là, tranquillement, pour travailler et récupérer le fruit de leur travail, parce qu’ils ont une famille à faire vivre. Et également faire quelque chose d’intelligent qui peut servir à d’autres personnes, comme les vêtements. On a ici plein de motivation intelligente, utile et humaine. On n’a pas besoin de chercher les créations de startup, le classique marche aussi. Mais il faut savoir faire une sélection de produits, on n’est pas obligé de faire du bas de gamme.

Chaque commande c’est un client utilisateur. Chez Febvay, il faut être le plus près possible du lieu de consommation de son produit. Il faut s’adresser aux Chefs, aux personnels des restaurants, deshôtels, les métiers de bouche, les métiers qui ont besoin d’un uniforme etc… Là où on a besoin d’un uniforme qui permet à chacun de se reconnaitre, mais avoir quelque chose de bien, de propre, de résistant, avec des fibres qui ne vont pas se détruire avec 4-5 lavages, maisqui peuvent faire 500 lavages et qui resteront propres et neufs commeau premier jour.

J’ai voulu redonner le moral à une société comme Febvay qui fait un très bon travail, mais a une société qui manque de débouchés par ce qu’elle n’a pas assez de contacts avec le monde de la qualité. Or dans la restauration, ou dans les métiers de bouche, c’est vraiment un métier qui est très varié, où tout le monde recherche la quintessence.»

Que doit permettre la levée de fond organisée par Febvay?

Hervé de Buyer : « Elle doit permettre d’avoir une tranquillité de l’état-major. Si vous êtes toujours angoissé par les factures, les salaires de demain, les notes d’impôt, on ne peut pas avancer sans cette quiétude, et cette levée de fonds permet d’y accéder.

La deuxième chose, c’est de pouvoir réaliser tout ce qui est standard au meilleur coût en respectant les individus qui travaillent pour cesproduits standards. Et après ça permettre d’investir dans des branches qui sont administratives, techniques, avoir un centre recherche et développement, avoir des outils adaptés, sélectionner de très bonnes matières premières pour satisfaire l’utilisateur, et évidemment avoir une force de diffusion réfléchie et organisée. Il ne suffit plus de partir avec des catalogues à la main. Il faut des gens faits pour la communication de ses produits, des commerciaux, des vendeurs qui s’adaptent à la personne, qui savent analyser le désir de chaque client. Ces vendeurs doivent être des gens du métier, ils doivent connaître le secteur sur le bout des doigts, connaître les produits à proposer. Ça ne s’improvise pas, donc il faut investir.»

Quels sont les atouts de Febvay face à la concurrence ?

Hervé de Buyer : « Febvay c’est une petite entreprise familiale où ils ont toujours gardé la main sur la qualité. Donc c’est déjà un bon point de départ. C’est une société qui en son temps a su se délocaliser localement, c’est-à-dire quitter des bâtiments qui n’étaient plus adaptés au travail d’aujourd’hui, pour construire des bâtiments parfaitement adaptés qui permettent d’installer des fabrications en chaîne.

Febvay c’est aussi une très bonne main d’œuvre, très bonne organisation technique qui s’améliore tous les jours, un très bon état d’esprit et cette envie de continuer d’être au service d’un métier, au service d’une profession. »

Qu’est ce qui fera le succès de Febvay ?

Hervé de Buyer : « Il faut sortir de la guerre des prix. Il faut desproduits professionnels, adaptés à chaque métier, qui correspondent vraiment au désir des consommateurs. Il faut savoir parler professionnel, dans sa branche, dans son métier, dans ses soucis journaliers.

Febvay a les armes pour grandir. Ils ont la jeunesse avec eux, l’envie de réussir, ils ont aussi su s’adapter jusqu’à aujourd’hui. Ils ont su résister. La société est capable de progresser, capable de grandir encore. L’analyse du passé nous permet de comprendre et d’envisager le futur.

Le succès de Febvay se fera sur la qualité du produit qui ouvrira les portes sur tout. Et là tout va changer. Vous allez avoir besoin d’une main d’œuvre de qualité qui va se perfectionner en permanence.

La société doit s’adapter à la mode, s’adapter aux moyens de communication qui évoluent en permanence, qui doivent accompagner leur développement. »

Propos recueillis par Belinda Tempier